Ritchie Dagonia, 46 ans, développeur web back-end à Amsterdam
Je m'appelle Ritchie Dagonia, j'ai 46 ans, je suis français et je vis à Amsterdam, aux Pays-Bas, depuis plusieurs années. Je gagne ma vie en écrivant du code que personne ne voit : des API, des bases de données, des files de traitement. Ce site est ma petite fenêtre sur ce quotidien de développeur back-end, sur la ville où je l'exerce et sur ce que ce métier m'apprend encore, année après année.
Mon quotidien de développeur back-end
Ma journée commence rarement par du code. Elle commence par la revue : les demandes de fusion de l'équipe, déposées la veille, m'attendent avec le café. Je lis, je pose des questions, je propose parfois une autre découpe. C'est le moment où je suis le plus utile à l'équipe, et c'est celui que j'ai le plus appris à soigner avec les années.
Ensuite vient le travail de fond. Le cœur de mon métier, ce sont des API REST écrites en Node.js qui s'appuient sur des bases de données SQL. Concrètement, cela veut dire dessiner des ressources et des routes, définir ce qu'un client peut demander et ce qu'il reçoit, et faire en sorte que la réponse soit la même à la dixième requête qu'à la millionième.
Une bonne partie de mon temps part dans des sujets peu spectaculaires : l'authentification (sessions, jetons, droits d'accès), les files de traitement pour tout ce qui peut attendre quelques secondes — envoi de courriels, génération de documents, imports volumineux —, la modélisation des données et les migrations de schéma qu'on ne peut pas se permettre de rater un vendredi soir.
Et puis il y a ce qui entoure le code : les tests automatisés que j'écris avant ou pendant, jamais après ; la documentation qui doit rester lisible par quelqu'un qui arrive dans six mois ; le déploiement, que je veux ennuyeux et répétable. À 46 ans, je n'ai plus aucun goût pour les mises en production héroïques.
Comment je travaille
Je commence presque toujours par le contrat. Avant d'ouvrir un fichier de code, j'écris à quoi ressemblera l'API : les routes, les formats d'entrée et de sortie, les erreurs possibles. Ce document sert ensuite de boussole pendant le développement et de socle pour la documentation.
Mes outils sont volontairement sobres : un terminal, Git, un éditeur de texte que je n'ai pas changé depuis longtemps, et des conteneurs pour reproduire l'environnement de production sur ma machine. Je travaille en petites branches, avec des commits courts et des messages qui expliquent le pourquoi plutôt que le quoi.
Ma règle du lendemain. Je ne fusionne jamais une branche le jour où je l'ai écrite. Une nuit de sommeil trouve plus de défauts que n'importe quel outil d'analyse.
Le reste, c'est de la transmission. Une partie de ma semaine est consacrée aux développeurs plus jeunes de l'équipe : relire ensemble, expliquer un choix d'architecture, montrer comment on lit un plan d'exécution SQL. Je ne me vois pas comme un chef, plutôt comme quelqu'un qui a déjà fait la plupart des erreurs et qui aime éviter qu'on les refasse.
Ce que j'aime dans le back-end
J'aime que ce soit invisible. Quand tout fonctionne, personne ne pense à la base de données ni à la file d'attente qui vient d'absorber un pic de trafic. Cette discrétion me convient bien : le résultat parle, pas moi.
J'aime les contraintes claires : une requête doit répondre dans un temps donné, une transaction doit être complète ou ne pas exister, un jeton doit expirer. Il y a une forme d'honnêteté dans ces règles. Le front-end négocie avec des humains ; le back-end négocie avec la réalité.
Et j'aime la longévité du métier. Les frameworks passent, les modes passent, mais savoir modéliser des données, raisonner sur la concurrence ou lire une trace d'erreur reste aussi précieux aujourd'hui qu'à mes débuts. C'est un métier où l'expérience s'accumule vraiment, à condition de continuer à la remettre en question.
Ce que j'apprends en ce moment
Passer des années dans le même métier n'a d'intérêt que si l'on continue d'apprendre. En ce moment, mes chantiers sont les suivants :
- Un typage plus strict côté Node.js, pour attraper au moment de l'écriture ce que je découvrais avant en production.
- L'observabilité : journaux structurés, traces distribuées, métriques utiles plutôt que jolies. Comprendre ce qu'un système fait vraiment, et non ce qu'on croit qu'il fait.
- Les architectures événementielles, et surtout les cas où il vaut mieux s'en passer.
- Le néerlandais, lentement. Je suis une réunion, je lis un courrier officiel, et je fais rire mes collègues quand je le parle.
Ma vie de Français à Amsterdam
Pourquoi Amsterdam ? Pour une ville à taille humaine où l'on se déplace à vélo, pour une culture de travail qui prend l'équilibre de vie au sérieux, et pour la possibilité de travailler en anglais tout en apprenant une autre langue. Plusieurs années plus tard, je ne regrette rien, pas même les jours de pluie horizontale.
Au bureau, tout se passe en anglais. C'est reposant et frustrant à la fois : reposant parce que la barrière est basse, frustrant parce que mon humour ne traverse pas toujours. Le néerlandais reste la langue des pauses café et des conversations qui comptent, et c'est pour cela que je m'y accroche.
Le vélo est mon trajet, ma pause et ma météo. Je pédale sous la pluie comme tout le monde, avec une veste qu'on finit par ne plus enlever d'octobre à avril. Les canaux au petit matin, les ponts qui se lèvent, la lumière basse de l'hiver : ce sont des choses dont on ne se lasse pas.
L'équilibre de vie n'est pas un slogan ici. Les journées finissent à une heure raisonnable, personne ne lit ses courriels le soir, et travailler à temps partiel n'est pas un aveu de faiblesse. Pour quelqu'un qui compte faire ce métier encore longtemps, c'est la meilleure assurance contre l'usure.
Mes conseils pour un développeur qui veut s'installer aux Pays-Bas
Rien de scientifique ici, seulement ce que j'aurais aimé savoir avant de faire mes cartons.
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La langue
L'anglais suffit largement pour travailler, et la plupart des équipes techniques fonctionnent dans cette langue. Mais apprenez le néerlandais dès le début, même mal : c'est la clé de tout ce qui n'est pas le bureau.
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La culture de travail
Les Néerlandais sont directs. Un « non » est un non, un désaccord se dit en réunion et n'est pas une attaque. Les hiérarchies sont plates, les réunions courtes, et on attend de vous que vous donniez votre avis, même en tant que nouvel arrivant.
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Le logement
C'est le point difficile, et il faut le savoir avant de venir. Commencez à chercher tôt, acceptez un compromis temporaire et éloignez-vous du centre : le réseau de pistes cyclables et de trains rend beaucoup de choses possibles.
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Le vélo
Achetez-en un d'occasion, avec un bon antivol, et roulez comme les locaux : prévisible, sans hésiter. La pluie n'est pas une excuse, et vous le comprendrez vite.
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L'administratif
Tout est bien organisé, mais tout prend du temps et suit un ordre précis. Renseignez-vous sur les étapes avant d'arriver et gardez chaque document.
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La patience
On ne s'installe pas en trois mois. Comptez une bonne année avant de vous sentir chez vous, et considérez la première comme un apprentissage à part entière.
On me croise aussi sur le forum Etibam, où je réponds quand j'ai le temps : ma fiche membre.